J'aime l'autorité du noir, sa gravité, son évidence, sa radicalité. Son puissant pouvoir de contraste donne une présence intense à toutes les couleurs et lorsqu'il illumine les plus obscures, il leur confère une grandeur sombre.


Pierre Soulages




27.5.10

Soulages




"Pourquoi le noir ? La seule réponse incluant les raisons ignorées, tapies au plus obscur de nous-mêmes et des pouvoirs de la peinture, c’est : parce que."


9.5.10

Nouveau début



Cela se passe ainsi, parfois, pendant six ans, on voit arriver les choses sans que vraiment sa tête soit concernée, et puis un jour ça change, l'acide, plus quelque chose, peut-être, quelque chose de bête et d'insignifiant, qui provoque la grande explosion, et soudain les six ans disparaissent comme un bouchon, et l'on voit les années DEVANT soi, tous les futurs possibles, en un instant, et rien ne s'est produit que les autres peuvent voir, mais on n'est plus le même, jamais plus on ne sera le même. Il y a une coupure, une discontinuité, et on sait qu'on ne veut plus être ce qu'on a été, mais on ne sait pas encore ce qu'on est. 


Norman Spinrad




Amaryllis


D'un couloir aux allées


Quelle est cette guerre que nous menons, dans l'évidence de notre défaite ? Matin après matin, harassés déjà de toutes ces batailles qui viennent, nous reconduisons l'effroi du quotidien, ce couloir sans fin qui, aux heures dernières, vaudra destin d'avoir été si longuement arpenté. Oui, mon ange, voici le quotidien : maussade, vide et submergé de peine. Les allées de l'enfer n'y sont point étrangères ; on y verse un jour d'être resté là trop longtemps. D'un couloir aux allées : alors la chute se fait, sans heurt ni surprise. Chaque jour, nous renouons avec la tristesse de notre morne damnation. Vit-il les allées ? Comment naît-on après avoir chu ? Quelles pupilles neuves sur des yeux calcinés ? Où commence la guerre et où cesse le combat ?

Alors, un camélia.


Paloma - chapitre 14 - extrait de L'Elégance du Hérisson - Muriel Barbery

8.5.10

La valse

Cette image cherche le tourbillon de la vie. La situation semble désespérée au départ, en bas à droite, avec ce personnage garrotté – ligature de la parole,rien ne peut sortir de sa bouche, tout reste en lui, négation du souffle, cri muet -, et qui semble prêt à succomber, noyé en plus dans cet écheveau de câbles qui ont jailli des entrailles de la terre pour mieux finir le travail. 
A la fois, la forme même de l’écheveau porte le début de la mise en mouvement des éléments qui se positionnent autour, le danseur qui attend pour s’élancer, celui qui tourne déjà sur lui-même et puis celui qui roule autour d’eux, englobant la scène de son arceau, et ce tube orange, qui s’enroule sur lui et descend sans fond dans le corps humain, ramenant le mouvement dans la chair même.



D’un moment désespéré se crée le lit, le point d’ancrage des personnages qui s’enlacent pour une valse sensuelle, presque érotique. Le bras solide, couvert de terre, visiblement en action, leur transmet son énergie brute (le cri peut s’exprimer), ils s’appuient sur lui pour prendre encore plus d’élan, leurs têtes touchent le ciel, ils pourraient se fondre dans les galaxies lointaines, loin de ce monde, loin de tout, juste eux.
Mais le mouvement généré ne fait pas que monter, il tourne autour de l’astre et redescend vers la terre, et vers la chair - simulacre de sauvetage -... 
Il est temps de faire machine arrière, pour que l’énergie rejoigne le sol,
là même d’où elle a jailli. Vers cette bouche ouverte – creuset pour recevoir le mouvement... ? 
Que ressortira-t-il de cette action ?
Ils la détestent, mais elle ne lâche rien.

170209

7.5.10

Une mystique


Qu’elle aspiration à la spiritualité ? Cette femme attend, 
semble attendre rien, négation d’elle-même, seule dans un monde 
dans lequel elle ne se reconnaît pas - elle est assise au bord de la chaise, 
peut-être voudrait-elle se lever pour aller… où ? 
Elle reste là, passive. Dans son esprit, un monde des possibles, 
ce qu’elle contient en elle, qu’elle a enfoui hors de sa conscience, 
négation perceptible même dans le corps.

Femme sauvage, shamane en cérémonie, connexion avec les esprits, 
la nature, l’essence de la féminité, les organes, les fluides, le primordial. 
Elle est issue de cette nature aux formes organiques, douce, féconde, primitive.
Femme moderne, dansant, bras ouverts. Elle est coupée en 2, 
présente à toutes les étapes, tous les niveaux, prête à l’entraîner 
dans son mouvement, cherchant à rassembler autour d’elle. 
Elle sort de derrière un rideau, de quel monde vient-elle, 
qui reste caché, tout est possible 
en dehors de la situation d’immobilité présente.
Et puis un homme, sauvage lui aussi, un guerrier ? 
Il semble issu de la terre, du fond des âges, presque une figure christique, 
porteur de la parole, un guide ? Mystère porteur de sens, il lui montre la direction 
qu’elle pourrait prendre, aidée par une échelle, 
nature toujours, domestiquée mais foisonnante, rendant le beau où elle se trouve..
Les solutions sont là, toutes contenues en elle.
Ce qui fait qu’elle pourrait peut-être se mettre en mouvement, 
l’espoir se fait jour, les marches vers la lumière sont prêtes pour elle, 
quelqu'un semble même l’attendre pour entamer l’ascension.
Le saut dans l’inconnu lui est indispensable, elle va devoir sortir d’elle-même, 
s’ouvrir au monde, naître au monde.


230209

6.5.10

Elle est moi

Cette femme, si pleine, si cachée, si à l’affût du regard des autres, 
malgré tout à moitié nue sous ce vêtement qui masque la pleine intimité 
de son corps en alerte, prête à fuir si on cherchaità connaître plus d’elle… 
Cette femme est placée au centre de l’image, c’est d’elle dont on parle. 
Son visage est une offrande, ces mains de travailleur de la terre 
dans lesquelles se trouve une pomme de terre en forme de cœur, 
nourriture sacrée, et plus encore, cœur même de la terre nourricière, 
symbole aussi de ce qu’elle aspire à être, offrir. 
Sous elle, comme socle, les outils dont elle pourrait disposer : 
la roche d’un canyon mise à nu, porteuse des traces du passé, 
passé qui l’a fait jaillir, temps passé qui a adouci ses contours, 
solidité, immuabilité et transformation progressive. 
Il y a aussi l’amour, après l’amour, le corps de la femme en écho au sien, 
même posture des jambes, mais cette fois dans le calme instant 
de confiance absolue, se reposer sur l’autre, y prendre appui. 
L’homme tourne la tête. Est-il celui qui peut lui donner ce qu’elle espère ?... 
Regarde-t-il ces autres hommes présents… sont-ils lui… l'un tellement loin 
dans son attitude figée, absent, éternel voyageur, et l’autre qui jette vers elle 
ses mains, quel élan !, pour la tuer, pour lui faire du bien ? 
Ils sont placés sur le fond ombrageux, tourmenté, 
d’où les mots émergent - vanité, vacuité - qui se heurtent au restant de l’image.

Et puis, sortent de sa tête des visions d’elle-même.
La danse - l’autre corps, devenu l’idéal – la silhouette dans l’ombre, 
seule, le vide, le jour n’est pas loin, mais il est masqué par les rideaux, 
et l’arbre sur fond orageux, mais symbole de liberté, de croissance,
elle rêve de se trouver dans les branches, prête à prendre son élan.


220209

5.5.10

Le corps

Protubérances, boursouflures,
le corps est à la torture.
Organes distendus, et la peau
traitée comme un oripeau.


Blême, pale, translucide,
Miroir de l’oubli acide.
Les cicatrices, les ligatures,
un linceul, une rupture.


Où sont le souffle, le centre,
Où le Qi, où le ventre ?
Souvenirs enfouis, profond, dure
la conscience, chère la facture.



110209

4.5.10

Crâ crâ crâ...

Notre vie ici-bas, à quoi ressemble-t-elle ? A un vol de corbeaux qui, venant à poser leurs pattes sur la neige, parfois y laissent l'empreinte de leurs griffes.   Su-Dong-Po